Histoire des alsaciens du Banat - Association pour la Promotion de l'Alsace en Roumanie APAR

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L’étonnante histoire des alsaciens et lorrains du Banat.
Au début du XVIIIème siècle, de nombreux Alsaciens et lorrains quittèrent leurs terres pour migrer à travers le monde. Désireux de connaitre de meilleures conditions de vie, ils partirent vers de nombreuses destinations dont le Banat.
Cette région est aujourd’hui à cheval sur trois EtatsLa Roumanie, la Hongrie, et la Serbie-Voivodine. Le Banat ne sera jamais à travers l’histoire un Etat. Il restera une région qui conservera son unité jusqu’en 1918, date à la laquelle il connaitra sa partition actuelle. D’une superficie de 28 500km2, il peut être comparé au territoire de la Belgique.
Dès 1718, des convois se formaient pour réaliser ce grand voyage depuis l’Alsace et la Lorraine jusqu’au Banat. Ce sont au total près de 50personnes qui migrèrent durant le XVIIIème siècle.
A cette époque, le Banat venait d’être reconquis par la Couronne autrichienne sur l’Empire Ottoman. Le Banat représentait pour Vienne un territoire hautement stratégique car il permettait d’établir un glacis militaire entre son royaume et les Turcs. C’est un français, Claude Florimond de Mercy, qui fut nommé gouverneur de cette province. L’appel à la colonisation se fit auprès des Badois, des Wurtembourgeois, des Bavarois…  et des Alsaciens et Lorrains. Au Banat, on se soucia peu des différentes origines de ces colons. C’est sous le vocable de Souabes qu’ils étaient nommés. Ces colons Alsaciens et Lorrains se fixèrent dans des petits bourgs existants, ou fondèrent de nouveaux villages Seultout, Saint-Hubert, Mercydorf… Le souvenir de la terre d’origine fut vivace. Dans certaines localités, tout au long du XVIIIème et XIXème  siècles, les prêtres venaient directement de Lorraine.
Les agents recruteurs de la couronne autrichienne avait fait une présentation idyllique du Banat, or une grande partie de la zone était marécageuse. De la première génération de colons, beaucoup périrent d’épidémies (un document donne le chiffre 18la première année). Après cette première période très couteuse en vies humaines, les colons accomplirent un formidable travail de mise en valeur des terres. En quelques décennies, le Banat devient le grenier à blé de l’Europe Centrale.
En 1779, l’Autriche confia l’administration du Banat à la Hongrie. Très rapidement les conditions de vie se détériorèrent, les libertés publiques furent entravées. La Hongrie décréta que la langue officielle était la Magyar et qu’il était interdit de s’exprimer dans une autre langue. En deux générations il y eut la quasi disparition des patois et du français.
Le Traité de Versailles, va s’avérer des plus dommageables pour cette région. Les Alliés vont décider du démantèlement de l’Empire Austro-hongrois. Le Banat, jusque là entité propre, va être découpé en trois. La plus grande partie sera attribuée à la Roumanie, une autre le sera à la Yougoslavie naissante et enfin un petit morceau demeurera hongrois. Ce partage se fera dans le plus grand mépris des populations concernées.
Il faut souligner la démarche entreprise par les Banatais d’origine alsacienne et lorraine qui se rendirent à Paris en 1919 avec deux propositionssoit le rattachement du banat à la Roumanie, soit la création de «République Neutre et Indépendante de Banatie». Pour cette dernière, le mémoire de présentation du projet prévoyait la création de cantons, dont un s’appelait «». La France fut favorable à une prise en considération de ces propositions mais, les Alliés s’y opposèrent. Dès lors des familles furent séparées par les nouvelles frontières.
L’avènement du national-socialisme en Allemagne va définitivement briser la vie et l’avenir des Banatais d’origine française. Afin de constituer l’IIIème Reich, les nazis vont revendiquer toutes les minorités «», considérés par eux comme d’origine allemande. Ce qui est dramatique, c’est qu’à plusieurs milliers de kilomètres, les Banatais lorrains et alsaciens vont connaitre le même sort que leurs cousins. Très rapidement après le déclenchement de la Deuxième Guerre Mondiale, les troupes allemandes furent présentes en Hongrie, en Roumanie et en Yougoslavie. Dès lors les nazis vont procéder à un enrôlement forcé et systématique des Banatais alsaciens lorrains dans les unités de première ligne. Ainsi furent-ils des milliers à périr au siège de Stalingrad et sur bien d’autres théâtres d’opérations. Les hommes en âge de se battre furent pour la plupart décimés.
Lorsqu’en 1944, l’Armée Rouge va lancer sa grande offensive vers la Roumanie, pour les soviétiques il n’y a pas de doute, les Banatais sont des ennemis. La situation est dramatiqueAu risque d’être massacrés ou déportés, les Banatais doivent prendre la fuite. Deux cents ans après leurs aïeux, ils vont réaliser le chemin inverse.
De longs convois de réfugiés se formèrent. A l’issue du conflit, ce sont des millions de personnes qui sont sur les routes d’Europe Centrale. Le nombre de Banatais d’origine alsacienne et lorraine est estimé à 40personnes. Toutes ces personnes se dirigèrent vers l’Autriche et l’Allemagne car ces deux pays étaient occupés à partir de 1945 par les quatre puissances victorieusesl’Angleterre, les Etat Unie, l’U.R.S.S et la France. Les alliés, dans leur zone de contrôle respective, établirent des camps pour les réfugiés et les apatrides.
La plus grande partie des Banatais se retrouva dans la zone d’occupation soviétique, le risque de déportation vers l’U.R.S.S. était grand. Un comité des Français du Banat se forma pour alerter les autorités françaises des risques encourus par cette population. Devant la menace grandissante, Jean Lamesfeld, le président du Comité, se chargea en toute illégalité par rapport aux autorités soviétiques, d’établir des cartes d’identité sur lesquelles était indiquée l’origine française de cette population. Incontestablement, cette initiative permit d’éviter un nouveau drame.
Après de multiples tractations, une grande partie des Banatais put passer en zone française. Les Banatais demandaient à la France de les accueillir.
Mais devant la lenteur administrative de la France, provoquée par des blocages politiques, de nombreux Banatais désespèrent de pouvoir entrer en France. Ils seront nombreux à accepter les différentes propositions des gouvernements d’Australie, d’Argentine, d’Allemagne… qui leur garantissaient des terres et une somme d’argent.
Pourtant certains s’accrochèrent à l’idée de revenir en France sur la terre de leurs origines
C’est une initiative singulière qui fut à l’origine de la prise de connaissance du problème des Banatais par le Président du Conseil, Robert Schuman. Jean Lamesfeld fit confectionner plusieurs poupées en habits traditionnels du Banat. L’une d’entre elle était destinée à Robert Schuman. Ce qui fut étonnant, c’est qu’elle parvint  jusqu’au président du Conseil. Sous son tablier, une lettre était dissimulée
Noël 1947
Après une absence de deux cents ans, ce sont des milliers de Lorrains (et Alsaciens) qui veulent retourner de leur patrie adoptive en leur pays d’origine, forcés par les durs coups du sort impitoyable. Ils veulent mettre à la disposition de la France leur énergie et leur pratique bien éprouvée.
James Lamesfeld
Quelques semaines plus tard, une missive en date du 26 janvier 1948 arriva chez James Lamesfeld.
Monsieur le Président,
J’ai été touché et ému par votre lettre et par le témoignage de votre sympathie. En Lorraine, nous n’avons pas oublié nos compatriotes qui nous ont quittés il y aura bientôt deux siècles et nous prenons une grande part à leurs épreuves actuelles. La poupée que vous m’avez envoyée fait l’admiration de tous mes visiteurs, et c’est ainsi que je puis gagner à votre sort des amitiés nouvelles.
Robert Schuman
Le gouvernement français envoya une mission d’études pour déterminer les conditions d’arrivée des Banatais en France. Dix mille Banatais purent entrer en France, les autres étaient déjà partis aux quatre coins du monde ou ne remplissaient pas les conditions établies. La grande majorité s’installa autour de Colmar.
Monsieur Edouard Delebecque, alors maire de la Roque-sur-Pernes, écrivait un livre au titre évocateur, «village qui s’éteint». Il voulait témoigner du long déclin de la Roque-sur-Pernes depuis le second Empire jusqu’à l’exode rural. Il découvre, juste avant la publication de son livre, le retour des Banatais en France. Aussitôt il rentre en contact avec Jean Lamesfeld, avec lequel il va décider de l’arrivée de plusieurs familles dans le village des Monts du Vaucluse. Ce sont au total 98 personnes nées au Banat qui s’établirent en Provence. Il s’agira d’une réussite exemplaire de fusions des populations.
Le Chancelier allemand Adenauer et Robert Schuman se rendirent à la Roque-sur-Pernes pour encourager cette expérience.
Edouard Delebecque ajoutera un chapitre supplémentaire à son ouvrage et l’intitulera«appendice inespéré» dans lequel il écrit
«… et s’il est vrai que les peuples heureux n’ont pas d’histoire, souhaitons qu’avec ce chapitre inespéré prenne fin l’histoire des Banatais, et celle de la Roque-sur-Pernes sauvée de la ruine et de la friche.» En parcourant les ruelles de ce merveilleux village, il semble bien que le temps se soit arrêté…»
Aujourd’hui, ce village offre peu de signes de cette présence, une rue, «rue du banat», un petit monument, un cimetière dans lequel on trouve des tombes avec des noms qui ne sont pas de consonance provençale, et des habitant fier de leur passé et heureux de cette vie en France.

 
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